Une moque de café à la main, Gildas, assis sur son lit, scrutait la pièce. De taille moyenne, elle accueillait plusieurs matelas qui servaient soit de couchages soit de banquettes, un canapé trouvé dans les encombrants, une table basse faite de vielles palettes et un réchaud avec un lot de bouteilles de gaz donnés lors d’une maraude. Sur la table basse un poste de musique jouait Ska-P à côté d’une Bible et d’un cendrier confectionné à partir d’une canette vide. Sur le canapé, Louis, encore un peu endormi, roulait une clope et regardait Serge lambiner dans son duvet. La pièce s’était refroidie pendant la nuit. Un peu plus loin, de la fumée s’échappait des naseaux des chiens de Gildas qui regardaient par la fenêtre. A ses chiens, Gildas devait d’être encore en vie : ils l’avaient défendu d’agresseurs et empêché de mourir de froid.
Gildas et ses amis vivaient dans ce squat, légèrement en périphérie, depuis six mois. Personne n’était venu contester leur présence.
Le premier squat de Gildas remontait à sa première année dans la rue où il s’était mis à chercher un abri au lendemain d’une nuit d’hiver. Il avait alors parcouru la ville de long en large et finit par en trouver un. Après trois sommations – pour lui, le droit à la vie était plus important que le droit de propriété -, il avait enfoncé la porte. Des années plus tard, il pouvait à peine compter le nombre de bâtiments privés et administratifs vides qu’il avait vu. Et combien d’églises avec les portes fermées !
Si le salut des corps lui paraissait indispensable, le salut des âmes l’était encore plus. Quelques semaines après sa rencontre avec le Christ, le Saint-Esprit l’avait appelé à partager sa joie et à annoncer l’Evangile à ses frères de rue. Un jour, il avait prêché à Serge et Louis qu’il connaissait un peu. Qu’elle ne fut pas sa surprise de les voir expérimenter l’amour de Dieu ! Peu de temps après, il les avait baptisés. Ceux-ci s’étaient précipités de partager ce qu’ils avaient vécu.
Depuis ce jour-là, leur vocation quotidienne, avec Gildas, était d’être une présence pour les autres sans-domicile-fixe, de distribuer des Bibles de poche gracieusement données par les Gédéons et de vivre d’aumône.
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Le Christ urbain, Jean-François Bongrand
