Récits de vie
Une moque de café à la main, Gildas, assis sur son lit, scrutait la pièce. De taille moyenne, elle accueillait plusieurs matelas qui servaient soit de couchages soit de banquettes, un canapé trouvé dans les encombrants, une table basse faite de vielles palettes et un réchaud avec un lot de bouteilles de gaz donnés lors d’une maraude. Sur la table basse un poste de musique jouait Ska-P à côté d’une Bible et d’un cendrier confectionné à partir d’une canette vide. Sur le canapé, Louis, encore un peu endormi, roulait une clope et regardait Serge lambiner dans son duvet. La pièce s’était refroidie pendant la nuit. Un peu plus loin, de la fumée s’échappait des naseaux des chiens de Gildas qui regardaient par la fenêtre. A ses chiens, Gildas devait d’être encore en vie : ils l’avaient défendu d’agresseurs et empêché de mourir de froid. Gildas et ses amis vivaient dans…
Récits de vie
Gildas vivait de la charité depuis plus de quinze ans. Ce qui était auparavant d’une arduité extrême était devenu une béatitude. Comme si le don transcendait la relation humaine et ses préoccupations mercantiles pour lui redonner son identité. Cette grâce, il la goûtait depuis que sa vie s’était transformée, il y a dix ans. Mais, avant cela, ses premières années dans la rue furent les plus terribles. Il avait connu toutes les réalités de cet abysse : indifférence, rejet, survie quotidienne, danger, inconfort… C’est au plus profond du gouffre, qu’un soir, dans un dernier espoir, tout son être se mit à crier : « Dieu, si tu existes, sauve-moi ! » Une chaleur intense l’envahit et une paix si profonde le combla qu’il ne put contenir sa joie et s’exclama : « Merci Dieu ! Merci Dieu ! Merci Jésus ! Je t’aime, je t’aime infiniment ! » Par la puissance du Saint-Esprit, le Christ s’était révélé à lui. (2 / 3)…
Récits de vie
Quelques rayons de soleil faisaient fondre le brouillard mais cela ne suffisait pas à réchauffer les rues de la ville. Le froid, tout juste contenu par l’épais manteau de sa barbe, lui crevassait la peau. Assis sur un carton, près de l’esplanade des Beaux-Arts, il pouvait voir le square Verdrel qui se disposait en fond tandis que les passants s’emmitouflaient dans leur cache-col. C’était un endroit qu’il aimait beaucoup, où la poésie s’invitait dans la frénésie de la ville et l’aidait à surmonter l’hiver. Il y demandait l’aumône avec un récipient décoré de petites branches de houx. (1 / 3) Jean-François Bongrand
